Bas les masques !
4 courts-métrages de
Jean-François Laguionie

France | 2019 | 40 minutes | VF | 8+
 
La demoiselle et le violoncelliste (1964)
Le Masque du diable (1976)
Potr’ et la fille des eaux (1974)
L’acteur (1975)
 
Quatre histoires courtes pour plonger dans des univers fantastiques où le temps se dilate et le mystère envahit la toile. On y croise sirène, sorcière ou drôle de diable mais, attention, les personnages de Jean-François Laguionie ne sont jamais ceux que l’on croit. 

Au Centre d’Art Dramatique de la rue Blanche, Laguionie organise des représentations d’ombres chinoises et de marionnettes pour les enfants et s’amuse à écrire de petites histoires. L’envie lui vient alors de les animer. Durant ses études, il s’est lié d’amitié avec Jacques Colombat qui réalise alors un court métrage d’animation – Marcel,ta mère t’appelle (1962) – dans les studios de Paul Grimault. C’est par son intermédiaire qu’il rencontre le futur réalisateur du Roi et l’oiseau, qui lui propose un espace de travail et un peu de matériel dans les petits studios de la rue Bobillot où il réalise ses films. Colombat lui donne quelques techniques de base mais pousse son ami à découvrir par lui-même les secrets de l’animation afin de trouver son style et son univers. Grimault quant à lui se fait discret, n’intervenant jamais (il dit ne rien connaître à l’animation en banc-titre) et le laisse travailler, glissant simplement quelques remarques de-ci de-là. Mais l’air de rien, il lui prodigue de précieux conseils et ce n’est que plus tard que Laguionie se rendra compte de tout ce qu’il a pu apprendre à ses côtés.

Laguionie apprend donc à utiliser la technique du banc-titre pour l’animation. Cependant, le fait de travailler plié sur la table ne lui convient pas, aussi il confectionne un système vertical à partir d’une machine-outil. Il peut dès lors regarder dans l’œilleton de la caméra, comme un réalisateur de films en prise de vues réelle ou un peintre devant son chevalet. La technique intéresse Laguionie, mais il veut avant tout se laisser guider par l’intuition et l’improvisation. Comme s’il tournait en prise de vues réelle, il essaye tant que faire se peut de limiter les phases de calcul, quitte à perdre parfois en qualité d’animation. La simplicité de la technique du papier découpé lui convient donc tout à fait, même si plus tard il utilisera bien d’autres méthodes d’animation. Il sent immédiatement les mouvements de ses personnages, se retrouve en contact direct avec la matière, sans intermédiaire, sans filet aussi. Cette technique le rapproche en définitive de la fluidité du cinéma en prise de vues réelle. Pendant ses études, il était partagé entre le graphisme et le théâtre, et tout au long de son œuvre il essayera de ne pas abandonner l’un pour l’autre. Les décors (qu’il a appris à l’École de la rue Blanche), les éclairages, les personnages, le jeu (il a fait du mime avec le comédien Jean-Pierre Sentier), l’histoire, la scénographie… il s’arrange pour que tous ces éléments trouvent leur place dans son travail de cinéaste d’animation.”

Par Olivier Bitoun, DVD Classic, le 21 novembre 2016.