Paï, l’élue d’un peuple nouveau
de Niki Caro 

Nouvelle Zélande | 2002 | 100 minutes  | VF | 8+
 
Adapté du roman Whale Rider de Witi Ihimaera.  
À douze ans, Paï est la petite fille du chef Koro. Celui-ci doit trouver le garçon qui sera digne de devenir son successeur. Paï se sent dotée des qualités particulières pour devenir chef Maori mais son grandpère, parce qu’elle est une fille, refuse de l’initier. Elle devra alors apprendre en cachette les rituels traditionnels afin de lui montrer qu’elle est à la hauteur du légendaire ‘Whale rider’, le cavalier des mers.

“Figure quasi messianique bien malgré elle, Paï ne se bat pas pour son statut par ambition, mais par devoir, porteuse d’un feu intérieur qu’elle sacrifierait volontiers pour le simple amour de son grand-père. C’est là toute la force de ce film, totalement antimanichéen, avec un grand-père sévère, parfois injuste, mais aimant, et la figure très positive d’un oncle, pourtant quasi loser et à la vie un brin dissolue. Le premier, en effet, regrette d’avoir deux fils qui ne reprendront pas sa place au sein de la communauté et d’avoir perdu son petit-fils dès sa naissance. Il aime sa petite-fille mais lui reproche de vouloir assumer le rôle des figures masculines défaillantes (par choix ou non), sans réaliser qu’elle-même ne maîtrise pas la situation. Quant au second, il est rare de trouver au cinéma des figures positives telles que la sienne : en effet, vraisemblablement squatter, alcoolique et toxicomane (tout ceci n’est que suggéré), il n’en reste pas moins celui qui croit en Paï, lui enseigne les rudiments du maniement de la taiaha (arme traditionnelle maorie) et sera d’un soutien sans faille.

Paï est certes un film sur le devoir et la tradition, c’est aussi un film sur la mise en scène de soi dans la vie quotidienne, comme de la théâtralisation de la société à travers ses traditions. Ce va-et-vient perpétuel entre scènes de rituels ou d’apprentissage de ceux-ci et scènes-clefs se déroulant lors de représentations ou de spectacles est en effet une des marques de ce film, conte moderne, qui nous balade sans cesse entre raison et sentiment.

Enfin, mais tout ceci n’est pas des moindres quand on parle de cinéma, l’image et la musique de ce fim sont tout simplement splendides. La musique de Lisa Gerrard est, comme toujours et depuis Dead Can Dance, bien avant qu’elle ne compose des bandes originales de films, absolument envoûtante, et les plans sous-marins en cinémascope sont d’une beauté à faire frémir. S’il est bien un film à voir en salle, c’est bien celui-là, même si cela risque de devenir difficile, le distributeur français UGC n’ayant pas renouvelé les droits. Restent les cinémathèques, dont il faudra éplucher les programmations, ou la vidéo, et avoir la chance et les moyens de bénéficier d’une installation conséquente.”

Benshi.fr